Pour sa deuxième édition, le panel « L’athlète et l’entrepreneuriat construit son après-carrière », organisé par l’ancien joueur professionnel Mouftaou Yarou, a réuni à Cotonou des experts du sport, de la finance et de la communication. Pendant une heure trente, intervenants et public ont débattu d’un sujet encore trop peu traité sur le continent : préparer sa vie professionnelle après le sport.
Parmi les intervenants, Isabelle Yacoubou, ancienne capitaine de l’équipe de France de basket, retraitée depuis deux ans après trente ans de carrière, a insisté sur l’importance pour chaque athlète de maîtriser son image et son récit. « C’est ce qu’on vend au monde, c’est ce que les gens voient de nous en premier », a-t-elle déclaré, regrettant d’avoir elle-même subi son branding pendant sa carrière plutôt que de l’avoir construit délibérément. Elle a appelé les sportifs à s’emparer de leur histoire, notamment à travers leurs combats personnels.
Au cours des échanges, Mouftaou Yarou a expliqué avoir lancé cette initiative après avoir vu un boxeur qu’il admirait sombrer dans la précarité après sa retraite sportive. Fort d’une formation en finance à l’université de Villanova, il insiste sur la nécessité de comprendre l’argent pendant la carrière. Sa démarche repose sur un réseau discret et humain plutôt que sur la visibilité des réseaux sociaux. « Mon but, ce n’est pas d’avoir mille personnes. Si quelques joueurs s’en sortent, la prochaine fois dix joueurs s’en sortent, et on continue », a-t-il résumé.
L’intervention la plus percutante est venue d‘Ahmed Taofik, expert sport et finances, qui a interpellé directement les jeunes présents sur leur avenir financier. « Je vous garantis, vous tous là, dans dix ans, vous allez me demander de l’argent », a-t-il lancé, appelant à anticiper dès maintenant par les études, une activité génératrice de revenus ou l’épargne.
Miguel Kpakpo, est docteur en IT spécialisé en communication et personal branding. Il a tenu à rappeler que chaque athlète représente une marque aux yeux des entreprises, vecteur potentiel de partenariats. Il a illustré son propos par l’histoire d’un jeune Camerounais devenu viral grâce à ses vidéos d’entraînement, aujourd’hui installé aux États-Unis. « Vous êtes responsables de votre image, même si d’autres la manipulent », a-t-il insisté.
Au-delà des prises de parole des panélistes, cette deuxième édition a surtout marqué les esprits par l’engagement du public. Jeunes athlètes, anciens sportifs, dirigeants, responsables associatifs, représentants d’institutions, médias et simples passionnés se sont pleinement appropriés les échanges. Les multiples interventions ont nourri le débat et montré l’intérêt croissant autour de la reconversion des sportifs. Pour les organisateurs, cette mobilisation est l’une des grandes leçons à retenir de cette édition.
En ancrant la réflexion sur l’après-carrière, « Pro et après ? » s’affirme peu à peu comme un rendez-vous majeur du sport béninois. Loin d’être une simple conférence, l’événement veut poser les bases d’une vraie culture de préparation : pour que les exploits sur le terrain se transforment aussi en réussite professionnelle durable.

